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"Souvenirs de mai" - 3

Targa Florio (Sicile), le 3 mai 1970 : une « spéciale » de rallye en guise de circuit…

La Sicile aura été un terrain de jeu très accueillant et source de satisfactions dans la carrière de Jo Siffert. C’est sur cette île en effet qu’il remporta son premier GP de formule 1 ; en avril 1963, aux abords de la ville de Syracuse. C’est sur cette île que par deux fois, sur le tracé d’Enna-Pergusa (au centre de la Sicile) qu’il poursuivit sa moisson de victoires en F1 en réglant à chaque fois (1964 et 65), presqu’à la photo-finish, le sort du grand champion écossais Jim Clark, avec sa Brabham-BRM.

Et c’est encore sur cette île qu’en 1970, il triompha dans la prestigieuse Targa Florio. Au volant d’une Porsche 908/03 spider. Passons sur sa victoire en Formule Junior à Enna-Pergusa en 1961 (Lotus 20) et sur un succès mineur (à la Coppa Citta di Enna) en 1968 avec une Porsche 910 pour revenir un instant à la Targa Florio.

Une épreuve d’un autre temps qui, avant Siffert, avait souri au pilote argovien Herbert Müller (en 1966) avec une Porsche 906 pour le compte de la Scuderia Filipinetti de Genève. Müller allait récidiver en 1973 au volant d’une Porsche Carrera RSR d’usine.

1973 : c’est précisément la dernière fois que les bolides engagés dans le championnat du monde d’endurance furent autorisés à emprunter ce circuit ; après quoi, la FIA de l’époque radia ce rendez-vous du calendrier, le jugeant trop dangereux et dans l’incapacité d’offrir une couverture de sécurité digne de ce nom.

En fait de circuit, il s’agissait plutôt d’une longue « spéciale » de rallye, développant…72 kilomètres serpentant dans les collines des Madonies à parcourir à onze reprises, avec des pièges à qui mieux-mieux et une foule en délire, souvent indisciplinée, qui à chaque édition, voisinait le demi-million de personnes ! Jo Siffert s’y sentait à l’aise car sa faculté à improviser sur ces routes tourmentées faisait merveille. En 1967 (6ème avec Hans Herrmann et une Porsche 910) et surtout en 1968, il avait failli déjà l’emporter en compagnie cette fois de l’Allemand Rolf Stommelen ; mais un incident mécanique (roulement de roue défaillant) avait déjoué ses plans (18ème). Trois années plus tard, soit le dimanche 3 mai 1970, tous les astres s’étaient alors alignés pour lui permettre de réaliser cet exploit (avec l’aide du Britannique Brian Redman) en dépit de la menace d’une panne d’essence en vue de l’arrivée qui faillit tout compromettre.

Contrairement au Mans où la malchance l’avait souvent freiné dans ses ardeurs et éloigné du podium pour la victoire absolue, la Sicile devint un coin de terre rêvé pour le Fribourgeois. Sur des parcelles arides où une partie de son palmarès allait se construire.